Covid-19 : comment mieux identifier les patients à risque de forme sévère – Le Monde

Prise en charge d’un patient atteint de Covid-19 au nouvel hôpital civil de Strasbourg, le 15 septembre.

Si l’infection au SARS-Cov-2 est le plus souvent peu ou pas symptomatique, environ 5 % des personnes atteintes évoluent vers une forme grave, pouvant aller jusqu’au décès – dont le nombre a dépassé, dimanche 27 septembre, le million dans le monde. Pourquoi certaines vont développer une forme critique, alors que d’autres n’auront que de légers symptômes ou resteront indemnes ? Au-delà des facteurs qui prédisposent à la gravité – âge, sexe (masculin), obésité, diabète… –, le virus touche aussi des personnes sans facteurs de risque. Les chercheurs souhaitent identifier des marqueurs prédictifs de sévérité pour repérer ces malades, l’enjeu étant de trouver des thérapeutiques.

Deux études coordonnées par Imagine-Institut des maladies génétiques, publiées dans la revue Science jeudi 24 septembre, ont identifié des causes génétiques et immunologiques expliquant respectivement 3,5 % et 10 % des formes graves, et qui entraînent un défaut d’activité des interférons (IFN) de type 1. Ces molécules, en interférant dans la réplication du virus – rôle à l’origine de leur nom –, ont une forte activité antivirale naturelle, déjà connue pour d’autres virus.

« Ces travaux valident leur place centrale dans la réponse antivirale contre le coronavirus, et cela peut expliquer les formes sévères chez des jeunes gens sans comorbidité, précise Frédéric Rieux-Laucat, directeur du laboratoire d’immuno­génétique des maladies auto-immunes pédiatriques (Inserm, Institut Imagine), qui a participé à l’étude. Le défaut de production d’interféron fait que le virus se multiplie de façon non contrôlée, le reste du système immunitaire continue d’essayer de combattre cette réplication virale, mais de façon inefficace et pathologique. Certains globules blancs, les monocytes et les neutrophiles, viennent infiltrer le poumon. » Un syndrome de détresse respiratoire aiguë survient alors souvent neuf à douze jours après l’apparition des premiers symptômes.

Des anomalies génétiques

La question est de savoir comment identifier les personnes infectées par le SARS-CoV-2 qui évolueront vers une forme grave. L’hypothèse générale posée par l’équipe de Jean-Laurent Casanova et du généticien Laurent Abel, du laboratoire de génétique humaine des maladies infectieuses basé à Paris (Institut Imagine, Necker-Enfants malades AP-HP, université de Paris, Inserm) et à New York (université Rockefeller, Howard Hughes Medical Institute, à New York), est qu’une partie des formes graves de Covid peut être causée par des anomalies génétiques qui affectent la réponse immunitaire. Ces prédispositions génétiques ne se révèlent qu’à la première rencontre avec le coronavirus.

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