Puis-je être vraiment sûr de n’avoir jamais eu le Covid ? – L’Express
Depuis quelques mois la question trotte dans la tête des dernières personnes qui n’ont jamais été testées positives. Jusqu’à quand pourront-elles passer entre les gouttes? Et surtout, existe-t-il une chance pour qu’elles soient moins susceptibles d’être infectées par ce nouveau coronavirus? Avec plus de 500 000 cas par jour, et un taux d’incidence qui dépasse les 3700 cas pour 100 000 habitants en France, la menace semble être partout.
Pire, dans les catégories les plus jeunes et dans les régions où le taux d’incidence est le plus fort, le risque est encore accru. Par exemple, un événement se tenant dans le département des Bouches-du-Rhône et regroupant 25 personnes (alors que le taux d’incidence dépasse 4000), comprend ainsi 88% de risque qu’une personne positive au Covid-19 s’y trouve. Après deux ans d’épidémie et des conditions qui semblent nous rapprocher toujours plus du virus certains n’ont pourtant encore jamais été contaminées.
Au-delà des premières explications, comme le respect des gestes barrières, la prudence face à des situations à risque ou les signaux d’une infection précédente qui n’aurait pas été détectée officiellement par un test, la possibilité d’avoir esquivé le virus existe bel et bien. “Le potentiel de transmission de ce virus est très élevé mais il n’atteint pas les 100%, dès lors il est logique que certains échappent au virus”, répond Jean-Daniel Lelièvre, chef du service d’immunologie clinique du CHU Henri-Mondor à Créteil, et membre de la Haute autorité de santé (HAS). Avec un taux de reproduction du virus qui dépasse légèrement le seuil de 1, il n’y aurait selon lui pas de raison de penser que la totalité de la population sera infectée par le virus. “On peut imaginer que cela soit le cas sur une très longue période mais pas dans les temporalités actuelles”, souligne Jean-Daniel Lelièvre. “Et fort heureusement sinon tout ce que l’on a fait jusqu’à maintenant pour éviter les contaminations n’aurait servi à rien”, ajoute-t-il.
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Causes multifactorielles
Mais ce n’est pas tout, certains facteurs pourraient expliquer qu’une partie de la population soit moins sensible à l’infection. D’une part, la vaccination, même si elle n’empêche pas la transmission, a joué un rôle important dans la réduction des nouveaux cas. Et puis s’ajoutent, de façon multifactorielle différents critères qui peuvent rendre une personne plus à même de résister à l’infection. “Il y a des raisons liées au mode de vie, mais aussi des raisons immunologiques ou génétiques… C’est l’ensemble de ces facteurs qui font que l’on attrape ou l’on n’attrape pas le virus”, explique Olivier Schwartz, responsable de l’unité Virus et immunité à l’Institut Pasteur.
Ainsi, plusieurs études ont récemment montré que les personnes appartenant au groupe sanguin de type O, ont un peu moins de chance d’être infectées par le SARS-CoV-2. La diversité du génome humain nous rend également plus ou moins exposé à certaines maladies. “Par exemple pour le VIH on sait que certaines personnes ont des mutations sur un récepteur de ce virus qui les protège d’une infection”, explique-t-il. Selon ce chercheur, un phénomène similaire pourrait se produire pour certains avec le Covid-19. Chez certaines personnes le récepteur cellulaire ACE2 (une petite partie de la surface des cellules sur laquelle s’arrime le SARS-CoV-2), est plus ou moins présent. “On connaît la diversité génétique qui fait que l’on peut avoir d’un individu à l’autre des niveaux de ACE2 plus bas et donc on peut être plus résistant face au virus”, ajoute Olivier Schwartz.
Diversités génétiques
La complexité de notre organisme, et les pressions qu’il subit modifient aussi nos chances d’être infectés. “Les facteurs sont multiples, l’environnement ou le fait que vous ayez ou non des réponses immunitaires précédentes par exemple… Tout cela peut modifier votre réceptivité face au virus”, souligne Jean-Daniel Lelièvre. Une maladie infectieuse peut ainsi engendrer des taux élevés d’interférons, une protéine produite rapidement par le système immunitaire face à un virus et qui a pour but d’empêcher sa réplication. Une forme de protection bien utile face au SARS-CoV 2. “Toute cette diversité génétique fait que l’on répond différemment les uns des autres, mais ce n’est pas blanc ou noir et il n’y a pas de gène spécifique qui empêcherait l’infection au Covid-19”, prévient l’immunologiste.
La récurrence des situations à risques, et l’importante contagiosité du variant Omicron, laisse une part de doute dans le cerveau des individus chez qui les tests, à intervalles réguliers, se sont montrés négatifs. Dès lors, comment savoir si on a croisé le virus? Certains laboratoires proposent bien des tests sérologiques, une analyse qui permet après une prise de sang de détecter ou non la présence d’anticorps produits par une infection, mais ils présentent plusieurs écueils.
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La sérologie tombe à l’eau
Depuis plusieurs mois, ces tests ciblent des anticorps appelés anti-S, qui sont produits par l’organisme après une infection au covid, mais aussi après une vaccination. “La sérologie actuelle en visant les anticorps anti-S n’est donc plus capable de déterminer si ces anticorps résultent d’une vaccination, ou d’une infection”, souligne Michel Sala, le directeur médical du réseau de laboratoires Cerballiance. Avec près de 80% des Français ayant reçu au moins une dose de vaccin, “l’intérêt médical d’un test sérologique est faible”, reconnaît Michel Sala. D’autant que ces tests peuvent présenter des faux négatifs, en raison notamment de l’érosion dans le temps du niveau des anticorps. “Aujourd’hui ces tests servent surtout à contrôler la réponse à la vaccination chez les personnes immunodéprimées, et même quand les résultats sont positifs on ne peut pas assurer que la personne est à l’abri du virus, car on ne connaît pas les niveaux d’anticorps nécessaires pour être protégés”, décrypte le directeur médical de Cerballiance. Si les chances d’éviter le Covid s’amenuisent, l’incertitude, elle, demeure.
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