Covid-19 : les quatre scénarios des scientifiques britanniques sur l’évolution de l’épidémie – L’Express
De quoi l’avenir sera-t-il fait ? Alors qu’en Europe de nombreux pays relâchent les mesures de lutte contre le virus, le conseil scientifique britannique, s’est penché sur les évolutions possibles de l’épidémie à moyen terme. Dans un document synthétique publié le 11 février, les conseillers du SAGE (pour Scientific advisory group for emergencies) dressent quatre scénarios, du plus optimiste au plus pessimiste qui listent les pistes possibles d’amélioration, ou de dégradation de la situation sanitaire.
S’ils se montrent prudents, soulignant qu’il “n’est pas possible de savoir avec confiance ce qu’il se passera dans les 12 à 18 prochains mois”, dans tous les scénarios envisagés par le SAGE des vagues épidémiques sont attendues. “Leur impact et leur fréquence diffèrent en fonction de la transmissibilité et la sévérité des variants”, est-il écrit. Quel que soit le scénario, les experts estiment qu’une certaine stabilité sera atteinte, mais après un temps relativement long de 2 à 10 ans. Ils soulignent que la phase de transition sera probablement “très dynamique et imprévisible”. Ces scénarios doivent être lus comme un panel de futurs possibles, mais ce ne sont pas les seules voies plausibles que la pandémie pourrait suivre. En outre, le passage d’un scénario à un autre dans le temps est également possible, préviennent les scientifiques.
- Meilleur des cas
Dans le meilleur des cas étudiés, les auteurs font le pari que de nouveaux variants émergent et ne montrent pas de transmissibilité ou de gravité accrue. Les vaccins conservent leur efficacité contre ces nouvelles souches, les médicaments antiviraux restent efficaces sur la prévention des formes graves de la maladie et leur efficacité ne décroît pas face aux nouvelles mutations du virus. En conséquence, les résurgences épidémiques sont relativement faibles à l’automne et provoquent peu de formes graves.
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- Optimiste mais modéré
Dans le scénario qui reste optimiste, mais plus pondéré, les auteurs envisagent des vagues d’infection saisonnières qui continuent de se produire en raison d’une immunité décroissante et/ou de l’arrivée de nouveaux variants. Selon les spécialistes, il y aurait ainsi de bonnes et de mauvaises années, et certains variants pourraient causer des cas plus graves. Les maladies graves et la mortalité sont donc largement limitées aux personnes vulnérables, soit les personnes âgées et celles qui ne sont pas immunisées. Dans cette optique, les vaccins sont régulièrement mis à jour, et administrés chaque année aux personnes fragiles voire à toute la population durant les années les plus difficiles.
- Scénario pessimiste
Une évolution plus pessimiste verrait des vagues d’infection revenir de façon répétée dans l’année et qui seraient portées par des variants imprévisibles qui seraient résistants aux médicaments antiviraux. “L’immunité et les vaccins adaptés aux variants continueraient de fournir une bonne protection contre les conséquences les plus graves de la maladie”, mais les perturbations seraient généralisées avec des impacts importants dans certains groupes, comme chez les enfants scolarisés. Par ailleurs cette épidémie pourrait aller de pair avec une épidémie de grippe, ce qui engendrerait “des charges supplémentaires sur les soins de santé”.
- Dans le pire des cas
Enfin, le pire des scénarios repose sur une vaccination mondiale incomplète et une circulation du virus dans les populations animales. En conséquence, de nouveaux variants pourraient apparaître y compris par recombinaison, c’est-à-dire un échange de matériel génétique entre différents variants créant un virus qui serait le produit de ces deux variants. “Des changements imprévisibles” apparaîtraient alors dans la façon dont le virus provoque la maladie, entraînant une différence dans le profil d’âge des maladies graves et de la mortalité, et des impacts accrus à long terme après l’infection, selon les scientifiques du SAGE.
Les mesures barrières conservées
Ces scénarios peuvent-ils se réaliser ? “Le meilleur scénario ne semble pas réaliste. C’est incompatible avec ce qui s’est passé jusqu’à présent, notamment sur la transmissibilité et l’évolution” du virus, commente sur Twitter l’épidémiologiste et biostatisticienne à l’Université d’Australie-Occidentale, Zoë Hyde. Différents éléments des scénarios semblent aujourd’hui pouvoir être écartés. Notamment l’idée d’une saisonnalité du virus, évoquée dans l’hypothèse optimiste modérée. “La saisonnalité de l’épidémie est questionnable, on le voit avec l’Australie, qui sort de la plus grosse vague qu’ils aient connu, alors qu’ils sont en plein été… En Europe on voit qu’il y a des vagues plus élevées en hiver mais on ne peut pas pour autant attendre un blocage de l’épidémie en été, cela sera tout au plus un frein”, analyse Antoine Flahault, épidémiologiste et directeur de l’Institut de santé globale à Genève.
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S’il est difficile de prédire quel scénario pourrait prendre le dessus, les scientifiques du SAGE soulignent qu’un taux de vaccination important de la population mondiale sera essentiel, pour modérer la gravité de l’épidémie. Les gestes barrières devraient également continuer à jouer un rôle important dans la réduction transmission, ajoutent-ils. Un constat partagé par Antoine Flahault qui insiste sur le besoin d'”empiler les mesures barrières quand la circulation du virus est très forte”. Enfin, un accès rapide aux outils de contrôle et aux médicaments permettra également de mieux appréhender l’épidémie. “Globalement, la vitesse à laquelle l’accès aux tests, la vaccination et aux antiviraux peuvent être intensifiés en cas d’urgence affectera considérablement, les résultats”, concluent les auteurs.
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