Covid-19 : en France, une décrue qui surprend par sa lenteur – Le Monde

Un écolier montre un test Covid-19 positif, à Rennes, le 17 mars 2022.

Si nul désormais ne souhaite le voir, le SARS-CoV-2 n’a pas disparu en France, loin s’en faut. « Nous sommes dans une période un peu particulière, avec une longue épidémie derrière nous mais avec une circulation très intense du virus SARS-CoV-2 », a relevé Laëtitia Huiart, directrice scientifique de Santé publique France (SPF), vendredi 15 avril.

Avec près de 135 000 nouveaux cas en moyenne par jour, l’incidence restait, en effet, à un niveau très élevé durant la semaine du 4 au 10 avril (semaine 14). Au niveau national, le taux d’incidence s’était stabilisé à 1 406 cas pour 100 000 habitants (– 2 % par rapport à la semaine précédente). Bien loin, si l’on y songe, du « seuil d’alerte » des 50 cas pour 100 000 habitants du début de la pandémie ! Ce taux restait en légère augmentation chez les 50 ans et plus, surtout chez les 60-69 ans (1 295, + 7 %) et les 70-79 ans (1 448, + 6 %) . Mais il était en forte baisse chez les 10-19 ans (1 248, – 19 %) et se montrait stable ou en légère diminution dans les autres classes d’âge. Les 30-39 ans (1 690, – 1 %) et les 40-49 ans (1 721, – 4 %) présentaient toujours les taux les plus élevés. Et le taux le plus bas (834) s’observait chez les moins de 10 ans, sans doute immunisés par les fréquentes infections des mois passés à l’école.

Début avril, les différents modèles de l’équipe de Simon Cauchemez, à l’Institut Pasteur, prévoyaient bien un pic d’incidence, pour le rebond épidémique lié à BA.2, autour de la mi-avril. Sauf que depuis une quinzaine de jours, un curieux plateau s’est installé en France – culminant une nouvelle fois à un niveau record par rapport aux autres pays, selon le site OurWordinData.

Un faux plat, en réalité, avec « une faible baisse d’une dizaine de jours, suivie d’une remontée de trois jours puis d’une nouvelle baisse plus importante, mais tout de même modérée : c’est très bizarre », constate Mahmoud Zureik, professeur d’épidémiologie et de santé publique à l’université de Versailles­-Saint-­Quentin (Yvelines).

Une incidence sous-estimée ?

Point rassurant, entre le 8 et le 15 avril, cette tendance à la baisse semble s’être confirmée, indique l’épidémiologiste. Et le taux de reproduction effectif (« Re »), qui mesure le nombre de personnes qu’un individu infecté va en moyenne contaminer, est depuis quelques jours très proche du seuil de 1, signifiant le recul prochain de l’épidémie. Jeudi 14 avril, il était de 1,01 – contre 1,21 une semaine plus tôt.

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D’où vient, cependant, cette « impression de résistance à la baisse », selon Mahmoud Zureik, qui s’observe depuis une quinzaine de jours ? Simon Cauchemez voit quatre hypothèses possibles. D’une part, il y a eu, début avril, une vague de froid « assez surprenante », car tardive et intense. « Ce froid a pu ralentir la décroissance des nouvelles infections ; lors de vagues passées, l’effet climat a déjà joué. » Seconde explication, la décroissance de l’immunité conférée par la vaccination ou par les infections passées. Or le modèle pastorien utilisé pour prévoir la dynamique de la vague BA.2 ne prenait pas en compte ce paramètre complexe. « Cette baisse progressive de l’immunité peut offrir au virus un nouveau carburant », estime Simon Cauchemez.

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