Covid-19 : pourquoi Moderna ouvre la voie aux futurs vaccins contre les variants – L’Express

Seraient-ce les premiers pas des futures injections contre le Covid-19 ? Le laboratoire américain Moderna a dévoilé en début de semaine un nouveau vaccin destiné à lutter contre les variants du SARS-Cov-2. Dans une étude actuellement en prépublication, et qui n’a pas encore fait l’objet d’une relecture par les scientifiques, le laboratoire présente les résultats de ce vaccin ciblant à la fois la souche originelle du virus et le variant Bêta du SARS-CoV 2, découvert fin 2020. Ce mode d’action, qualifié de “bivalent”, doit permettre une réponse immunitaire plus forte face aux variants.  

Pour mesurer l’efficacité du vaccin à engendrer une réponse immunitaire, les scientifiques de Moderna ont comparé les taux d’anticorps produits après une vaccination de rappel avec le vaccin classique, et ceux obtenus après le rappel “bivalent”. “Ces résultats montrent que ce vaccin, en combinant les deux variants, permet d’améliorer la réponse immunitaire contre Bêta, mais aussi sur les autres variants : l’introduction du variant delta élargit la protection vaccinale sur l’ensemble des autres souches connues”, décrypte Odile Launay, infectiologue à l’hôpital Cochin à Paris et membre du Comité vaccins Covid-19.  

Ainsi, selon cette étude, les patients qui ont reçu une dose de rappel du nouveau vaccin ont engendré un niveau d’anticorps contre le variant Omicron plus de deux fois supérieurs par rapport à ceux qui ont reçu une dose de rappel du vaccin Moderna existant. Mieux encore, ce niveau de protection a persisté durant 6 mois contre le variant Omicron. “Ces résultats sont vraiment intéressants, mais pour le moment ils demandent une confirmation, car on n’est pas encore en mesure de dire si cette réponse est liée à l’utilisation conjuguée des ARN de la souche originelle et du variant Delta, ou si la remontée d’anticorps n’est liée qu’à la cible de ce variant”, modère Xavier de Lamballerie, spécialiste des maladies émergentes à l’Université d’Aix-Marseille et également membre du Comité vaccins Covid-19. “Quoi qu’il en soit, c’est le premier vaccin bivalent dont on a des données, et elles sont très encourageantes”, ajoute-t-il.  

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Le futur des vaccins sera multivalent

Depuis le début de la campagne de vaccination, les produits de Pfizer et de Moderna, deux vaccins à ARN développés pour répondre à la souche historique du virus, ont montré une grande efficacité dans la protection contre les formes graves du Covid. Mais leur efficacité contre les infections s’est émoussée face aux variants du virus, capables de contourner la réponse immunitaire au vaccin. Les scientifiques travaillent depuis plusieurs mois à l’adaptation de ces vaccins, pour les rendre plus robustes face à ces nouvelles souches. “Ces résultats indiquent que les vaccins de rappel bivalents peuvent induire des réponses anticorps fournissant un nouvel outil en réponse aux variants émergents”, s’est félicité Moderna dans un communiqué.  

Ainsi le Conseil d’orientation de la stratégie vaccinale (COSV) recommandait le 24 février de diversifier l’offre des vaccins à l’avenir, en ayant recours à des vaccins “multivalent” pour des injections de second rappel. “Pour ce rappel additionnel, le COSV recommande si possible l’utilisation d’un vaccin ARN (ou protéine) multivalent. Si un tel vaccin n’est pas disponible ou n’a pas montré d’efficacité ou de tolérance suffisantes d’ici là, il conviendra de favoriser l’utilisation de vaccin ARN (ou protéine) à base de la souche ancestrale”, soulignait-il. Le Conseil rappelait également que la souche Bêta pouvait représenter une base particulièrement intéressante, puisque “des études ont démontré qu’une primo-infection par le variant Bêta induit un spectre de réponse large”.  

D’autres laboratoires dans la course

Pour Moderna ce premier vaccin n’est peut-être qu’une étape vers un produit encore plus performant. Selon le président du laboratoire, Stéphane Bancel, un autre vaccin bivalent qui combine cette fois la souche originale avec la souche Omicron “reste notre principal candidat” pour une campagne de vaccination qui pourrait intervenir à l’automne. Selon Moderna, les résultats de ce vaccin sont attendus au printemps. D’autres laboratoires travaillent également à développer des vaccins bivalents. Le français Sanofi est ainsi en train de mettre au point un vaccin à protéines recombinantes (un mode d’action plus “classique”), qui se fonde à la fois sur la souche originelle et le variant Bêta et pourrait être administré en rappel, tout comme le laboratoire espagnol HIPRA.  

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“Ces données sont importantes, elles doivent permettre de savoir à terme de quel vaccin nous aurons besoin pour le rappel en population générale”, explique Odile Launay. En définissant les modes d’actions les plus efficaces, et en mesurant la réponse du vaccin face aux variants en circulation, les scientifiques espèrent pouvoir concevoir un vaccin à même d’offrir une protection durable et robuste face au Covid-19. “Des questions sont encore en suspens, faut-il ajouter Omicron dans les futurs vaccins alors que l’on sait que ce variant aura une fin ? Au bout du compte ce qui l’emportera sera la capacité du vaccin à nous protéger contre les formes graves face à une grande variété de souches du virus”, évoque Xavier de Lamballerie. Des réponses qui devraient se préciser dans les mois qui viennent. 

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