Covid-19 : Faut-il craindre une septième vague à cause des sous-variants BA.4 et BA.5 ? – 20 Minutes
Notre mémoire sélective s’est activée, tout à notre bonheur de retrouver une vie à peu près normale. On l’a presque oublié, et pourtant, le Covid-19 n’a pas encore fait ses adieux à la scène, et continue de se réinventer sans cesse pour nous présenter de nouveaux numéros. Aujourd’hui, ce sont ses sous-variants BA.4 et BA.5 qui sont en tête d’affiche, causant une flambée épidémique en Afrique du Sud et une sixième vague au Portugal.
En France, une légère reprise des contaminations est observée depuis quelques jours. Faut-il déjà y voir le signe d’une septième vague ?
Des indicateurs à la hausse
« On voit d’ores et déjà une légère augmentation (…) de la circulation virale » du coronavirus, a constaté Guillaume Spaccaferri, épidémiologiste chez Santé publique France. Ainsi, la moyenne des cas sur sept jours, indicateur qui permet de lisser des variations anormales, est en hausse depuis une semaine et dépasse désormais les 20.000 nouveaux cas quotidiens. Soit une hausse de 25 %, alors que le nombre des contaminations baissait régulièrement depuis deux mois. « Il semble que l’on reparte sur une nouvelle vague » de l’épidémie de coronavirus, a estimé vendredi sur franceinfo le Pr Antoine Flahault, épidémiologiste, directeur de l’Institut de santé globale à la faculté de médecine de l’université de Genève.
Alors que la totalité des cas en France sont le fait du variant Omicron, ces deux sous-lignages, potentiellement plus contagieux encore que les précédents, progressent, même s’ils restent à ce jour minoritaires. « La détection de BA.4 et BA.5 au cours des enquêtes Flash est en augmentation : 0,8 % pour le premier et 5 % pour le second » au cours de la dernière enquête, contre 0,5 % et 1,5 % la semaine précédente, souligne Santé publique France dans son dernier bulletin.
BA.4 et BA.5 bientôt majoritaire en Europe ?
Ces deux sous-variants gagnent du terrain dans toute l’Europe. « Quand on séquence le génome des virus que l’on identifie, ce sont de plus en plus souvent des BA.4 et des BA.5 », a relevé Antoine Flahault. Au plus fort de la dernière vague qui a sévi au Portugal à partir d’avril, BA.5 représentait à lui seul 87 % des cas au 30 mai.
Suisse, Allemagne, Royaume-Uni : le phénomène est observé dans différents pays, où BA.4 et BA.5 causent des rebonds. « La vague BA.5 est définitivement arrivée en Suisse et a poussé le taux effectif de reproduction au-dessus de 1. Les estimations les plus récentes sont de 1,1 à 1,4 au 1er juin et de 1 à 1,6 au 6 juin », a indiqué ce mardi Christian Althaus, épidémiologiste à l’Université de Berne, sur Twitter. « BA.4 et BA.5 sont d’ores et déjà dominants en Suisse à ce jour », a renchéri mardi le Pr Isabella Eckerle, virologue au Centre des maladies virales émergentes de Genève, sur le réseau social.
Une progression surveillée de près par les autorités sanitaires européennes. Déjà, le 13 mai, le Centre européen de prévention et de contrôles des maladies (ECDC) lançait l’alerte, les classant comme « variants préoccupants » et les jugeant susceptibles de s’imposer en Europe et « d’entraîner une augmentation globale significative des cas de Covid-19 dans l’Union européenne dans les semaines et mois à venir ».
« L’absence d’impact hospitalier » pour le moment
Pour autant, cette reprise épidémique ne suscite pour l’heure pas de panique généralisée. « Il n’y a pas de signal qui laisse penser que BA.4 ou BA.5 sont plus sévères que les autres lignages d’Omicron », a rassuré l’épidémiologiste Anna Maisa. En outre, la reprise des contaminations s’opère en « l’absence d’impact hospitalier », relève Guillaume Spaccaferri, de Santé publique France.
Un optimisme renforcé par l’évolution rassurante des vagues en Afrique du Sud et au Portugal, où la hausse des contaminations ne s’est pas accompagnée de vagues massives d’hospitalisations et de décès.
Bientôt une quatrième dose pour tous ?
Toutefois, face au scénario « fortement probable » d’une reprise prochaine de la circulation du Covid-19 en France, les autorités sanitaires recommandent un nouveau rappel de vaccin anti-Covid à l’automne pour toutes les personnes à risque, dont cette fois celles avec comorbidités. L’objectif est d’« anticiper » pour « limiter l’impact d’une future vague, en particulier sur les plus fragiles », pour réduire la mortalité « associée à la Covid-19 et la diffusion de l’épidémie, maintenir les capacités du système de soin et les besoins vitaux de fonctionnement du pays », a expliqué fin mai la Haute autorité de santé (HAS), qui juge « fortement probable que la circulation du virus se réintensifie périodiquement ».
Au diapason, la nouvelle ministre de la Santé, Brigitte Bourguignon, a estimé que si « le plus dur est derrière nous », « la vigilance » doit rester de mise face à un possible retour ou « une petite flambée » à l’automne. Ainsi, alors qu’une quatrième dose de vaccin en population générale n’est aujourd’hui pas à l’ordre du jour, la HAS juge « nécessaire d’être prêts à anticiper le scénario pessimiste » qui nécessiterait une quatrième dose pour tous les adultes.