Avec l’épidémie de Covid-19, les cabinets de dentistes sont devenus méconnaissables – Le Monde
Des délais pour obtenir un rendez-vous plus longs, des détartrages et des visites de contrôle repoussés de plusieurs mois… Près de quatre mois après le déconfinement, les règles sanitaires imposées par l’épidémie de Covid-19 ont modifié en profondeur le fonctionnement des cabinets dentaires.
A l’aune du protocole sanitaire drastique édicté sous l’égide de l’ordre national des chirurgiens-dentistes, les cabinets sont devenus méconnaissables. Les tableaux ont été retirés des murs, les plantes décoratives ont disparu. Les patients sont souvent priés de déposer leurs affaires dans des bacs à l’entrée. Ces dernières semaines, des salles d’attente ont pu rouvrir mais avec beaucoup de limitations.
De façon générale, « la chaîne de stérilisation est beaucoup plus lourde, c’est digne de conditions d’hôpital », souligne Anne Achard, chirurgienne-dentiste à Altkirch (Haut-Rhin). « On nous recommande de désinfecter les murs et le sol. On le fait midi et soir », témoigne un confrère installé à Freyming-Merlebach (Moselle). Au cours d’une intervention, il est désormais impossible au dentiste d’ouvrir un tiroir pour y chercher un instrument destiné à un acte non prévu, pour ne pas risquer la contamination du contenu de ce tiroir.
Blouse, surblouse, calot, lunettes, visière… Les exigences de protection ont transformé les chirurgiens-dentistes en « astronautes », décrit Anne Achard. Même si la troisième version du protocole, en vigueur depuis la mi-juillet, allège les contraintes à la marge. Le document de 37 pages autorise notamment les praticiens à ne plus changer systématiquement de tenue entre deux patients si elle n’a pas été souillée. « Ce n’est pas confortable, surtout lorsque la chaleur est très contraignante sans climatisation, mais un tel protocole est une nécessité sanitaire », estime Thierry Soulié, le président de Confédération nationale des syndicats dentaires (CNSD), l’un des deux principaux syndicats de chirurgiens-dentistes.
« De quinze à huit patients par jour »
Un délai de quinze à vingt minutes est imposé entre chaque patient, le temps d’aérer la pièce, ce qui peut représenter, selon des calculs syndicaux, près de deux heures et demie de « non-consultation » chaque jour. Conséquence, selon la CNSD : une baisse de 20 à 30 % du nombre de patients pris en charge. « Dans mon cabinet, je suis passé de quinze à huit patients par jour, mais avec qui les temps de soins sont plus longs, d’une à trois heures », détaille Patrick Solera, praticien dans le centre-ville de Toulouse et président de la Fédération des syndicats dentaires libéraux (FSDL), l’autre grand syndicat de la profession.
Il vous reste 59.55% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.