Covid-19 : dans le service de réanimation de Bichat, « si le respirateur me lâche, je n’existe plus » – Le Monde

STAFF ETHIQUE POUR DISCUTER DE LA SUITE DES SOINS A DONNER OU A ARRETER SUR UN PATIENT DE 31 ANS, LES IRM CEREBRALES PRESENTANT PEU D ACTIVITES, L ENSEMBLE DU PERSONNEL MEDICAL ET PARAMEDICAL EST PRESENT POUR DONNER SON AVIS ET RECUPERER LE PLUS DE DONNEES SUR LE PATIENT, LES INFIRMIERES ET LES AIDES SOIGNANTES SONT LES PERSONNES LES PLUS PROCHES DES PATIENTS ELLES PEUVENT DONC EVALUER L ETAT DE CONSCIENCE D UN PATIENT, REPORTAGE SUR LE SERVICE DE REANIMATION DE L HOPITAL BICHAT A PARIS PENDANT LA SECONDE VAGUE DE LA CRISE DU CORONAVIRUS, PARIS, 10 NOVEMBRE 2020

JULIE BALAGUÉ POUR “LE MONDE”

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Publié hier à 12h18, mis à jour à 11h51

Pendant une semaine, en octobre, Le Monde a suivi le quotidien du service de réanimation de l’hôpital Bichat, dans le nord de Paris. La pression montait, inexorablement, avec l’arrivée de patients de plus en plus nombreux, des cas de plus en plus graves. De là est né le projet de suivre, tout au long de la deuxième vague, les soignants, les patients, leurs familles, dont la vie a été bouleversée par l’arrivée du Covid-19.

Ce mardi 10 novembre est aussi gris dedans que dehors. Sous les fenêtres poussiéreuses des patients de « réa » de l’hôpital Bichat, les arbres n’arborent plus que des feuilles chiffonnées, dégageant la vue sur le flot ininterrompu de voitures et de camions du boulevard périphérique. En surplomb, les bâtiments austères du Formule 1 et de l’Ibis barrent l’horizon plombé par la pluie. Sur l’affiche géante placardée entre les deux hôtels, seul le commandant de bord de la série télévisée La Flamme, impeccable dans son costume, semble se moquer des intempéries et de l’épidémie.

Les infirmières et le staff éthique discutent de la suite des soins à donner ou à arrêter sur un patient de 31 ans. Paris, hôpital Bichat, 10 novembre.

Alain, qui se félicitait à son arrivée d’avoir une chambre « avec vue » est maintenant endormi, comme la majorité des patients de l’unité 2 du centre hospitalier situé dans le 18e arrondissement. Intubé depuis une semaine, cet avocat d’une soixantaine d’années respire avec l’aide d’une machine. Pour le maintenir dans le coma et mettre ses muscles respiratoires au repos, de puissants médicaments lui sont administrés en continu grâce un imposant pousse-seringue.

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« Je suis un mort en sursis »

Cet après-midi, cinq soignants sont à son chevet pour le retourner, du ventre sur le dos. Une fois tous les capteurs enlevés, le patient est enveloppé dans un drap jaune, puis basculé sur le côté, avant d’être repositionné sur le lit. « Il a la tête un peu dans le vide, il faut le redescendre un peu », souffle Lucie Collet, une interne. « Un, deux, trois ! », lance-t-elle en soulevant le drap.

Service de réanimation de l’hôpital Bichat, à Paris, le 10 novembre. Jean-Claude, 78 ans, retraité, malade du Covid-19.
Service de réanimation de l’hôpital Bichat, à Paris, le 10 novembre. Une horloge en face du lit d’un patient. Le temps est long dans cet environnement lumineux et bruyant.

Assises face aux écrans de contrôle, où s’affichent les constantes de tous les malades, les aides-soignantes et les infirmières échangent les dernières nouvelles sur « leurs » malades. Plusieurs sont morts ces derniers jours, comme le voisin de chambre d’Alain, intubé en catastrophe mais qui n’a pu être sauvé. D’autres sont dans un état « gravissime », comme cette dame d’une soixantaine d’années qui faisait du vélo avec la kiné il y a encore deux semaines. Elle est soignée grâce à une technique de circulation extracorporelle − l’ECMO −, qui permet d’oxygéner son sang sans solliciter ses poumons, trop affaiblis. « C’est plus difficile quand on les a connus conscients », soupire Lucie Lavalley, infirmière, le visage dissimulé derrière son masque FFP2.

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