Le système sanitaire international à l’épreuve du Covid-19 – Vie publique.fr

Bien avant le début de la crise du Covid-19 au printemps 2020, au moins deux conceptions de la sécurité sanitaire internationale s’affrontaient. Alors qu’une grande partie des États européens, dont la France, et des pays en développement défendent une approche multilatérale et globale de la santé publique, les États-Unis portent depuis le début des années 2000 une conception plus sécuritaire de la santé.
Se détachant des modes de coopération onusiens, les Américains mettent l’accent sur les interactions entre les politiques de santé publique, la lutte contre le terrorisme et la lutte contre la prolifération nucléaire, radiologique, bactériologique, chimique (NRBC), une vision portée au niveau international dans le cadre de leur agenda pour la sécurité sanitaire mondiale (Global Health Security Agenda ou GHSA) depuis 2014.

La création des fonds multilatéraux spécialisés en santé, dissociés de l’OMS, comme Gavi-l’Alliance du vaccin, le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme ou Unitaid (organisation internationale qui encourage l’innovation et lutte pour la baisse des prix des médicaments), respectivement en 2000, en 2002 et en 2006, a constitué une synthèse de ces approches.

À première vue, l’émergence du Covid-19 dans un climat international déjà tendu n’a fait qu’accentuer les divergences entre les États.

Le développement de partenariats entre les contributeurs, les autorités publiques des pays récipiendaires, les prestataires privés et les communautés affectées par les maladies, a permis de moderniser le paysage de la santé mondiale.
À première vue, l’émergence du Covid-19 dans un climat international déjà tendu n’a fait qu’accentuer les divergences entre les États. L’approche multilatérale, qui a prouvé son importance en matière de santé depuis 150 ans, et le rôle central de l’OMS ont plus que jamais été remis en question, en particulier par l’administration Trump. Le président Trump a annoncé, le 14 avril 2020, l’interruption des financements américains à l’OMS, dans un contexte marqué par la confrontation avec la Chine, foyer originel du nouveau coronavirus.

Les critiques du président américain sur la “bienveillance” supposée du directeur général de l’OMS à l’égard de la Chine ont alors illustré la défiance grandissante de certains dirigeants envers les institutions internationales, obligées de ménager l’ensemble de leurs États membres pour poursuivre leurs missions.
Il reste que le manque de transparence des autorités chinoises sur l’évolution de la situation dans la province du Hubei, aux prémices de la crise, a sans aucun doute entraîné un retard dans la façon dont le reste du monde a réagi. Il représente un échec des processus mis en place par l’OMS et prévus dans le RSI.

Ces prises de position fortes contre le multilatéralisme sanitaire se sont accompagnées de petites vexations, plus anecdotiques mais révélatrices du climat ambiant. Ainsi, les membres de l’administration Trump se sont bornés à appeler le nouveau coronavirus “virus de Wuhan” ou “virus chinois” dans les déclarations et documents officiels.
A contrario, certains représentants chinois ont soutenu la rumeur affirmant que la maladie a été introduite en Chine par des membres de l’armée américaine ayant visité la ville de Wuhan fin 2019, juste avant l’épidémie.

Après son élection et avant même sa prise de fonction, le nouveau président américain Joe Biden a évoqué la nécessité d’un “partenariat renforcé” avec la communauté internationale pour combattre la pandémie provoquée par le coronavirus. Il a notamment rencontré à ce sujet le secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres, en novembre 2020 et annoncé le retour rapide des États-Unis dans l’OMS. L’année 2021 montrera si le souhait de Joe Biden de voir les États-Unis renouer avec le multilatéralisme en matière sanitaire se traduit dans les faits.

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