Covid-19 : « Les grands journaux scientifiques, “idiots utiles” de Pékin ? » – Le Monde
Chronique. Le retournement de la conversation n’a échappé à personne. Alors que l’hypothèse d’un accident de laboratoire comme origine de la pandémie de Covid-19 avait largement déserté l’espace public ces derniers mois, la voici qui revient en force, lestée d’une légitimité qu’elle n’a, jusqu’à présent, jamais eue.
Au point qu’il pourrait sembler à certains (à tort) que l’affaire est entendue et que le SARS-CoV-2 est bel et bien sorti malencontreusement d’un laboratoire de virologie de Wuhan ou de son animalerie. Présentée comme une quasi-certitude et un consensus scientifique depuis plus d’un an, l’hypothèse du « débordement zoonotique naturel » est aujourd’hui ramenée à une simple hypothèse qui, bien que dominante, demande à être étayée.
Que s’est-il passé ? Formellement, il n’existe pas plus de preuves aujourd’hui en faveur de l’hypothèse du lab leak qu’il n’en existait voilà un an. L’élément déclencheur du revirement ne tient qu’à un texte de deux feuillets, cosigné par dix-huit chercheurs et publié le 13 mai dans la revue Science. Les auteurs y disent essentiellement ceci : « Nous devons prendre au sérieux toutes les hypothèses relatives, à la fois au débordement zoonotique naturel et à la fuite de laboratoire, jusqu’à ce que nous ayons suffisamment de données. »
On est fondé à s’interroger : pourquoi a-t-il fallu attendre dix-huit mois pour qu’un tel truisme soit publié dans la littérature savante ? L’affaire illustre l’extraordinaire pouvoir des grandes revues savantes, Nature, Science, The Lancet et quelques autres. Celui de cadrer les débats scientifiques qui vont ensuite irriguer la société, celui d’animer la disputatio sur certaines questions, mais aussi de fermer la porte à la discussion sur d’autres.
C’est, en l’espèce, ce qui s’est produit. Dans le magazine en ligne UnHerd, le journaliste Ian Birrell l’a formulé avec vigueur, se demandant si les grands journaux scientifiques n’avaient pas été les « idiots utiles » de Pékin. L’ancien rédacteur en chef adjoint de The Independent note que les grandes revues savantes ont promu un narratif faisant toujours la part belle aux tenants du débordement zoonotique. Et ce, sans preuve solide qu’un tel événement se fût en effet produit.
Asymétrie flagrante
Pendant plusieurs mois, les scientifiques qui cherchaient à faire valoir l’idée que le débat scientifique était ouvert, et que l’hypothèse du lab leak devait être considérée, ont vu leurs textes systématiquement rejetés – jusqu’à ce que Science accepte celui du 13 mai.
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