Covid-19 : aux urgences de Toulon, « on soigne les gens pour ce qu’ils ont, pas pour ce qu’ils sont » – Le Monde

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Publié aujourd’hui à 04h30, mis à jour à 06h20

Sur la bande-son de l’appel au SAMU, trop épuisé et essoufflé, Roland lâche seulement quelques mots en réponse aux questions du médecin qui a pris l’appel, ce jeudi 6 janvier. Les premiers symptômes du Covid-19 sont apparus au lendemain du Nouvel An et, en quelques jours, le virus l’a mis à terre. Arrivé en ambulance dans la matinée, le voilà allongé dans l’un des box des urgences de l’hôpital Sainte-Musse à Toulon, une pièce lumineuse et épurée, à l’image de l’édifice, inauguré en 2011.

En jogging noir, ses chaussons encore aux pieds, une chaîne en or avec un pendentif Afrique autour du cou, ce retraité de 78 ans, qui supervisait autrefois des équipes de scaphandriers aux quatre coins du monde, est passé entre les mailles de la vaccination. « Je suis un complotiste », dit-il en éclatant de rire, le regard espiègle derrière ses grandes lunettes. « Un docteur européen qui officie dans les pays africains sait beaucoup mieux soigner certaines maladies », poursuit-il plus sérieusement, en référence au Marseillais Didier Raoult.

Puis sa voix se brise. « Maintenant, je fais un constat… On va se faire vacciner. J’espère que tout va bien se passer. Je pense que cela a été pris à temps », lâche ce père de famille, qui avait refusé toute invitation à Noël et le Jour de l’an afin de se protéger. « Mais Macron, il faut qu’il arrête de monter les Français les uns contre les autres. Tout individu à le droit d’être soigné. Tout individu a le droit de faire une erreur. Il faut qu’il l’admette, mais il ne l’admet pas. C’est à cause de nous, dit-il. Mais il faut qu’il arrête », implore-t-il, la voix étreinte par un sanglot. Il n’est pas le seul à avoir été choqué par la petite phrase du président de la République : « Les non-vaccinés, j’ai très envie de les emmerder ». Au service d’urgences, les médecins le disent volontiers : « On soigne les gens pour ce qu’ils ont, et pas pour ce qu’ils sont. »

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Un membre du personnel de l’hôpital Sainte-Musse désinfecte un fauteuil roulant, à Toulon (Bouches-du-Rhône), le 6 janvier 2022.

La phrase peut paraître angélique, mais sur les 150 patients qui se présentent en moyenne chaque jour, beaucoup ont fait des « erreurs », comme faire du vélo sans casque, rouler trop vite sur l’autoroute, oublier de prendre ses médicaments, ou en avaler trop. On n’en déploie pas moins les grands moyens pour aller les chercher – parfois en hélicoptère – et les soigner. « Une fois arrivés ici, les patients cogitent », soulignent Fanny Bardet, urgentiste, en désinfectant soigneusement son stéthoscope, avant de se frictionner les mains au gel hydroalcoolique. « A la perspective de passer huit jours dans un lit de réanimation, certains se disent : si j’avais su… »

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