Covid-19 : l’immunité au virus est-elle plus efficace après un vaccin ou une infection ? – L’Express
Dans l’enjeu de santé publique qu’est la lutte contre pandémie de Covid-19, la meilleure protection est sans conteste la vaccination. “Le rapport bénéfice risque, pour la population, est en sa faveur”, garantit Jean-Daniel Lelièvre, chef du service des maladies infectieuses de l’hôpital Henri-Mondor, à Créteil. Les études, désormais nombreuses, sont formelles : le vaccin protège très fortement contre les formes graves de la maladie, contrairement à une infection dite “naturelle”, sujette à de telles complications. Mais l’immunité développée dans les deux cas est-elle similaire ? L’une est-elle meilleure que l’autre ?
L’immunité naturelle “est toujours meilleure”
“C’est une réponse complexe, qui dépend de l’hôte – s’il a un déficit immunitaire ou non – et des infections. Il y a des gens qui font des formes sévères de la maladie, d’autres moins sévères, des formes symptomatiques, d’autres asymptomatiques. La réponse immunitaire va être variable en fonction de la sévérité de la maladie initiale”, détaille à L’Express l’immunologiste, membre de la Haute autorité de santé (HAS). Mais au regard des données cliniques, l’efficacité de la réponse immunitaire apparaît meilleure “si l’on a été infecté puis vacciné ; ensuite si on a été infecté ; puis si on est vacciné. La vaccination protège moins contre une infection que l’infection contre une réinfection”, pointe-t-il.
A la variabilité de la réponse immunitaire en fonction des individus s’ajoute la problématique des variants. “Si l’on a été infecté au tout début de la maladie, avec la souche historique, on aura probablement une moins bonne efficacité contre la réinfection aux différents variants que si on a reçu trois doses de vaccin”, explique Jean-Daniel Lelièvre. Eric Caumes, infectiologue à l’Hôpital Hôtel-Dieu, à Paris, estime, quant à lui, qu’un “variant peut plus facilement contourner l’immunité vaccinale que l’immunité naturelle”. Des deux, cette dernière est “toujours meilleure. C’est le cas pour la rougeole, la fièvre jaune… Il n’y a quasiment pas d’exceptions en vaccinologie, saut peut-être la vaccination papillomavirus (responsables d’infections sexuellement transmissibles, NDLR)”, assure-t-il.
Offre limitée. 2 mois pour 1€ sans engagement
Je m’abonne
Réponse cellulaire plus large et longue
Concernant la pandémie actuelle, l’infectiologue renvoie à une étude du Centre de prévention et de lutte contre les maladies (CDC) américain publiée mi-janvier. Les autorités sanitaires ont étudié les cas de Covid-19 dans les Etats de New York et de Californie, de fin mai à novembre 2021. A cette époque, le variant Delta était majoritaire, Omicron n’existait pas, et les doses de rappel n’étaient pas encore si répandues. L’étude a démontré que les individus vaccinés et jamais infectés courraient moins de risque de contracter le variant Delta que les personnes non-vaccinées et jamais infectées. Le risque était encore plus réduit pour celles, non vaccinées, qui avaient déjà été infectées. Le CDC note que des travaux sur le variant Delta dans d’autres pays “ont également démontré une protection accrue des personnes préalablement infectées, vaccinées et non vaccinées, en comparaison de la vaccination seule”. Mais il convient que d’autres travaux sont nécessaires pour analyser la durée de protection conférée par une infection contre chacun des variants, dont Omicron.
Comment expliquer cette différence entre immunités naturelle et vaccinale ? En cas d’infection virale, la réponse immunitaire s’opère en deux grandes parties : les réponses humorale et cellulaire. La première est celle des anticorps, qui circulent dans l’organisme et neutralisent le virus avant qu’il n’injecte son matériel viral dans les cellules auxquelles il se lie. La réponse anticorps est dirigée contre une protéine clef, le Spike, qui permet au virus de pénétrer dans les cellules. “Ici, la vaccination fait à peu près la même chose que l’infection”, décrit Jean-Daniel Lelièvre. Concrètement, la maturation des cellules B mémoires (lymphocytes B), qui conduisent à la production d’anticorps dirigés contre le virus, “se fait mieux en post-infection qu’en post-vaccination. Idem pour la réponse anticorps au niveau des muqueuses”, c’est-à-dire là où le virus pénètre dans l’organisme (le nez ou la bouche), poursuit l’immunologiste, alors que les vaccins sont, eux, administrés par voie musculaire.
La deuxième réponse, cellulaire, qui met en scène les lymphocytes T, “est dirigée contre la protéine Spike mais également contre d’autres protéines qui ne sont pas présentes dans le vaccin – protéines M, N, et d’autres”, précise Jean-Daniel Lelièvre. En cas d’infection, “la réponse cellulaire est donc plus large et, surtout, dure plus longtemps. Si l’on prend l’exemple du SARS-CoV, proche du SARS-CoV-2 actuel, la réponse immunitaire persiste plus de 20 ans après l’infection”.
Dose de rappel après infection ? “Pas de pertinence particulière”
Reste, pour les deux professeurs, la question des rappels vaccinaux pour les personnes déjà infectées. Est-ce vraiment utile ? Eric Caumes est formel : “Tout le monde, ou presque, a attrapé le Covid-19 en décembre et janvier derniers. Et les gens ne vont pas se faire revacciner. Qui a dit que cela ne pouvait pas déclencher une réponse immunitaire inappropriée ?”, interroge-t-il. Jean-Daniel Lelièvre n’y voit “pas de pertinence particulière”. Dans la plupart des cas, une immunité a été développée avec une première dose de vaccin, puis réactivée avec l’infection. En général, celle-ci “étant récente, elle va donc protéger contre tous les variants actuellement disponibles”, complète-t-il. Le gouvernement a d’ailleurs évolué dans cette direction avec son équivalence “une injection = une infection” décrétée début février. “Même si ce n’est pas tout à fait vrai et que le message nécessite d’être affiné, il va dans le bon sens”, juge le chef du service des maladies infectieuses de l’hôpital Henri-Mondor.
Les paradigmes de la situation épidémique actuelle ne sont, selon lui, plus ceux d’il y a quelques mois. “Dans l’idée où les variants n’allaient pas autant échapper à la réponse humorale, il y avait une pertinence à vacciner rapidement et largement la population, y compris les personnes infectées. Or maintenant, l’immunité collective que l’on souhaite atteindre va être de moins bonne qualité puisque la réponse des anticorps contre les variants est moins bonne. Sauf pour les personnes infectées par Omicron.” Autrement dit, la vaccination massive retrouverait sa pertinence avec l’arrivée de nouveaux vaccins, ou traitements, agissant davantage sur la transmission du virus.
Sur le même sujet
Mieux comprendre l’infectiosité du Covid-19 était l’un des sous-objectifs d’une étude pilote britannique, dont l’équipe a délibérément infecté 36 jeunes adultes en bonne santé – ni vaccinés ni ayant déjà contracté le virus. Ce premier “challenge infectieux” visait surtout à démontrer la faisabilité et l’absence de risque de cette approche. Les chercheurs aimeraient que ce type d’expérience, avec le temps, puisse accélérer la mise au point de nouveaux traitements. Mais les premiers résultats, publiés début février, n’ont pas révolutionné les connaissances scientifiques de la maladie.
Les plus lus
Opinions
Chronique
Chronique
Chronique
Journal d’un libéral



