RÉCIT. Covid-19 : à Shanghai, l’enfer de la stratégie zéro Covid – Ouest-France

Des rues vides, des magasins fermés, des habitants réduits à s’exprimer depuis leur fenêtre. La scène a des faux airs de printemps 2020. Pourtant, elle se déroule bien en ce mois d’avril 2022, Shanghai (Chine).
Car plus de deux ans après l’apparition du Covid-19, la deuxième ville de Chine en est encore réduite à se cloîtrer pour lutter contre sa propagation. Un confinement, le premier du genre pour la capitale économique chinoise, qui plonge ses habitants dans une détresse de plus en plus importante. Et de plus en plus visible.
Aux fenêtres de Shanghai, des cris de colère
Ces derniers jours, de nombreuses vidéos témoignant du désarroi des habitants de Shanghai ont ainsi filtré sur les réseaux sociaux.
La plus marquante d’entre elles, relayée sur YouTube par BFMTV, laisse entendre des habitants crier leur colère à leurs fenêtres.
De nombreux observateurs partagent également sur Twitter les images d’un homme criant sa colère au téléphone au beau milieu d’une rue. « Où est le parti communiste ? », hurle-t-il.
La nourriture et l’eau manquent
Les autorités sont en effet sous le feu des critiques. Pour avoir imposé ces mesures si drastiques, mais aussi pour avoir si mal assumé leurs conséquences.
Car, aux premiers jours de ce confinement, à Shanghai, on a eu faim. Très faim. « Cela a été difficile les premiers jours car on manquait d’alimentation et de visibilité », témoigne ainsi Frédéric, un expatrié français interrogé par TV5 Monde . Le manque de nourriture, « il est très flagrant », confirme Alexandre, un autre Français de Shanghai, au micro de RMC . Et l’eau manque aussi, ajoute-t-il. « L’eau du robinet n’est pas potable à Shanghai. Le conseil de faire bouillir l’eau pour la boire ? Avec tous les métaux lourds et la pollution, ça ne me donne pas très envie. »
Sur Twitter, Don Weiland, correspondant du journal The Economist indique avoir été lui aussi confronté à ce problème. « Mon hôtel a manqué d’eau », témoigne-t-il. « Et je suis dans un hôtel dans un quartier central de la ville. Je ne peux même pas imaginer à quel point les choses sont devenues terribles dans d’autres secteurs ».
« Ils m’ont conseillé d’acheter en ligne », explique également Don Weiland. Acheter en ligne… Si seulement c’était possible. « Les applications mobiles pour commander crashent souvent. Avec des messages disant “service momentanément indisponible” », alerte Guillaume, un Néo-Calédonien confiné sur place qu’a interviewé La Première . Sur les réseaux sociaux, d’autres s’interrogent : et même quand ça fonctionne, comment font les personnes âgées ?
« Rester chez soi, point barre »
Car, pour elles comme pour les autres, impossible de sortir pour pallier les défaillances des applis de livraison et celle des autorités, qui peine à assurer un ravitaillement décent aux 26 millions d’habitants de la ville.
Le confinement auquel est soumis Shanghai est en effet des plus stricts, empêchant la population de sortir, ne serait-ce que pour faire des courses. « Concrètement, on est confiné à la maison, on n’a pas le droit de sortir. Nous avons un chien et on ne peut même pas le sortir », résume Gaël, un Auvergnat vivant sur place, interrogé par France 3 . « La seule règle est de rester chez soi, point barre », confirme Guillaume.
Et, pour empêcher les sorties, les méthodes du gouvernement local sont draconiennes. À RMC, Alexandre indique ainsi qu’il « y a un cadenas sur (sa) porte. Donc on ne peut absolument pas sortir de notre immeuble ».
Pour les autres, ceux qui peuvent tout de même sortir, les injonctions à rentrer chez soi sont nombreuses. Simon Leplâtre, le correspondant du Monde, a ainsi relayé sur Twitter une vidéo montrant un homme intimer l’ordre à un habitant de « rentrer chez (lui) », à l’aide d’un mégaphone.
Cette scène, un rien absurde, illustre le versant le plus clément de la répression des déplacements actuellement visible à Shanghai. Car d’autres images, entre autres diffusées dans ce reportage de France 2, montrent des interpellations beaucoup plus violentes.
Des tests partout, tout le temps
Cette règle du « rester chez-soi » souffre tout de même d’une exception, dont les habitants de Shanghai se seraient bien passés : l’obligation de passer des tests régulièrement. Très régulièrement.
Le 12 avril, un journaliste de la BBC indiquait sur Twitter qu’au 12e jour de son confinement, il s’apprêtait à passer son 6e test PCR.
Et ces tests peuvent avoir lieu n’importe quand. « On a des amis, ils viennent les réveiller à 3 h du matin pour leur faire faire des tests ! », explique Aline, interrogée par Le Parisien . Jean, également interviewé par le journal francilien, évoque lui des tests « à minuit ».
Le spectre des « horribles » camps de quarantaine
Intempestifs, ces tests ont aussi un autre défaut : celui de pouvoir mener dans un centre de quarantaine. Une perspective redoutée par de très nombreux habitants de Shanghai. « On a peur d’être positifs et d’être emmenés dans des camps où on reste une semaine, une semaine et demie, dans des conditions assez spartiates », résume Alexandre, au micro de RMC.
Marek, un étudiant polonais que Ouest-France a pu interroger, évoque lui le « stress permanent » d’être envoyé dans un de ces « horribles centres de quarantaine ».
Ceux-ci ont notamment été décrits par Thomas, un Français positif au Covid-19 qui y séjourne « contre son gré », précise le journaliste de France Culture qui a pu le contacter.
Il explique notamment que ces vastes hangars où s’entassent des milliers de personnes n’ont « pas de fenêtre » et qu’il est donc impossible pour lui de « savoir s’il fait jour où s’il fait nuit ».
Et, poursuit-il, « on n’a pas accès à des douches, on se lave avec l’eau du robinet, à l’eau froide. Le premier jour, je me suis lavé avec du gel hydroalcoolique ». La promiscuité est également très difficile à vivre pour lui. « Les gens, comme ils sont malades, ils toussent, ils crachent. Ça me réveille toute la nuit, c’est pour moi le pire. C’est vraiment répugnant. »
Un Chinois interrogé par la RTS confirme : « Il y a beaucoup de gens. J’ai essayé de compter hier, on doit être plus de 3 000. Ce n’est pas évident de dormir la nuit : la lumière est allumée en permanence. C’est comme en plein jour. Et puis c’est très bruyant ».
Bref, « ça ou la prison… Je ne pense pas qu’il y aurait de grandes différences », conclut Thomas. Une prison dans laquelle sont également amenés les enfants testés positifs, qui se retrouvent alors séparés de leurs parents.
Un assouplissement sans grand effet
Conscientes des importantes protestations que ces méthodes ont fait naître dans la ville et dans une partie de la communauté internationale, les autorités chinoises ont récemment annoncé un léger assouplissement des modalités du confinement. Les habitants de certains quartiers peuvent ainsi ressortir, sous certaines conditions.
Mais en pratique, ces aménagements n’ont que très peu d’effet. Frédéric Schaeffer, le correspondant des Échos sur place, indique ainsi sur Twitter que « les rues restent désertes ».
Et en effet, Arnauld Miguet, le correspondant de France 2, précise que ce déconfinement en concerne que « certains quartiers, certains immeubles […] où il n’y a pas eu de cas depuis au moins 14 jours ».
De très nombreux habitants de Shanghai sont donc toujours confinés à cette heure. Et difficile, pour eux, de savoir quand cet éprouvant confinement prendra fin.