Covid-19 : face à BA.5, notre immunité sera-t-elle suffisante ? Pas sûr, disent les scientifiques – L’Express

Cette fois, le doute n’est plus permis : une nouvelle vague épidémique a bien démarré en France. La circulation du Sars-cov-2 s’accélère, l’incidence a fortement progressé au niveau national (+53%) et le taux de reproduction du virus est à nouveau supérieur à 1, signe que le nombre de cas va continuer à augmenter. Si le variant BA.2 est toujours dominant, la recrudescence des infections est surtout tirée par la montée en puissance de BA.5. Ce nouveau membre de la famille Omicron représentait seulement 13,3% des cas la semaine dernière. Une proportion déjà passée à 24,2% cette semaine. “Il est certain que cette lignée deviendra très bientôt dominante dans notre pays, si ce n’est pas déjà le cas”, assure Mircea Sofonea, épidémiologiste à l’Université de Montpellier. 

De quoi entraîner encore une fois de nombreux décès, et perturber notre vie sociale ? Beaucoup va dépendre de la force de notre immunité face à ce nouveau venu. Si les experts paraissaient assez sereins début juin, le ton change. Cette nouvelle souche s’avère en effet plus transmissible que les précédentes, avec des capacités d’échappement immunitaire plus importantes. “Différentes études, dont la nôtre, montrent qu’en l’absence de dose de rappel, il n’y a quasiment aucune activité neutralisante contre BA.5. Un rappel induit une réponse contre ce sous-variant, mais l’efficacité est moins marquée que contre Delta ou BA.1, et elle diminue rapidement. Six mois après cette troisième dose, on trouve très peu d’anticorps neutralisants contre BA5”, constate le Pr Olivier Schwartz, responsable de l’unité Virus et immunité à l’Institut Pasteur. Autrement dit, les individus ayant reçu leur rappel voilà déjà plusieurs mois restent exposés à une infection par BA.5.  

La moitié de la population déjà infectée par Omicron ou BA.2

Qu’en est-il des personnes vaccinées qui auraient, en plus, rencontré Omicron (BA.1) ou son descendant BA.2 ? Ces deux souches virales ont beaucoup circulé dans notre pays, en janvier pour le premier, en mars et en avril pour le second. “On estime que 50% des Français ont été infectés par l’un ou l’autre, poursuit le Pr Schwartz. Cette partie de la population devrait bénéficier d’une immunité plus forte contre BA.5, selon plusieurs études parues ces dernières semaines et menées à partir du sérum de personnes vaccinées puis infectées”. Le niveau de protection semble toutefois différent selon le sous-variant. Une étude dirigée par des chercheurs de l’Imperial college de Londres et diffusée en prépublication, sans avoir encore été revue par d’autres scientifiques, montre que BA.5 s’avère plus proche génétiquement de BA.2, dont il descend directement, que de BA.1. Une infection préalable avec BA.2 pourrait donc conférer des anticorps plus efficaces contre BA.5. “Mais pour l’instant nous avons encore peu de données avec des sujets préalablement infectés par BA.2, donc on ne sait pas”, nuance le Pr Jean-Daniel Lelièvre, chef de service des maladies infectieuses et d’immunologie clinique au CHU Henri-Mondor (AP-HP) à Créteil et membre du comité technique des vaccinations de la Haute autorité de santé. 

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La déferlante de BA.5 subie par le Portugal ces dernières semaines aurait pu s’expliquer, selon certains experts, par la faible circulation de BA.2 dans ce pays. A quoi s’ajoutait une immunité populationnelle déclinante, la vague de BA.1 remontant déjà au début de l’année. De quoi avoir l’espoir que BA.5 nous frappe moins durement. Mais cette analyse reste discutée : “La population se teste moins, donc il est possible que la vague BA2 ait été sous-évaluée au Portugal. D’ailleurs, à un moment, BA.2 est devenu dominant dans les échantillons séquencés dans ce pays. Cela signifie qu’il a quand même dû beaucoup circuler”, indique par exemple le Pr Antoine Flahault, épidémiologiste et directeur de l’Institut de santé globale à l’Université de Genève (Suisse).  

Si cette dernière analyse se confirme, nous pourrions finalement nous trouver exposés nous aussi à une vague de BA.5. Et de fait, la progression rapide du nombre de cas depuis une semaine semble aller dans ce sens. “L’échappement immunitaire de ce variant, voire son gain de contagiosité intrinsèque, s’ajoute au déclin immunitaire qui diminue la protection conférée par une infection ou une vaccination vis-à-vis d’une nouvelle infection, à un niveau très faible dès cinq mois. L’infection est à nouveau permise, donc les conditions d’une reprise refont surface”, constate Mircea Sofonea. Une mauvaise nouvelle, alors que la mortalité liée à BA.5 s’avère importante au Portugal : “Il y a déjà eu 1 400 décès entre le 1er mai et le 15 mai, et on peut probablement s’attendre à en avoir 2 500 à 3 000 d’ici à la fin du mois de juillet. Pour une population de 10 millions d’habitants, c’est conséquent”, précise Antoine Flahault. Ramené aux 67 millions de Français, cela représenterait encore de 15 000 à 20 000 morts.  

BA.5 présenterait un tropisme pour les cellules pulmonaires

Une étude en prépublication d’une équipe japonaise a montré que BA.5 pourrait présenter une pathogénicité plus élevée que les autres membres de la famille Omicron. Il possède en effet une mutation que l’on retrouvait déjà sur le variant Delta. Elle lui redonnerait un tropisme pour nos cellules pulmonaires, perdu avec Omicron et BA.2. “Cela pose question, mais il s’agit pour l’instant seulement d’un signal in vitro. La démonstration épidémiologique n’est pas encore présente”, nuance Mircea Sofonea. Et, de fait, cela ne signifie pas que BA.5 va se montrer plus délétère que ces prédécesseurs : chez les moins de 60 ans sans facteurs de risque particuliers, la vaccination et le rappel continuent de bien protéger contre le risque de faire une forme grave. “Les formes sévères touchent les plus fragiles, les personnes âgées, les immunodéprimés, les non-vaccinés, et dans de rares cas, des personnes vaccinées, sans que l’on sache encore très bien pourquoi”, souligne le Pr Jean-Daniel Lelièvre.  

Il faut donc surtout s’attendre à une “épidémie d’infections”, selon les termes de Mircea Sofonea. On peut toutefois craindre de voir à nouveau notre vie sociale et économique perturbée par une multiplication d’arrêts maladie, mais dans une moindre ampleur qu’en début d’année. Le frein saisonnier devrait en effet jouer, sans pour autant bloquer totalement l’épidémie : l’été dernier, les températures estivales et le mode de vie qui l’accompagne (terrasses, fenêtres ouvertes…) n’ont pas empêché le variant Delta de provoquer une vague, mais celle-ci a été moins dure qu’à l’automne. “Il n’empêche, si le virus circule beaucoup, les malades pourraient, en proportion, être nombreux à solliciter le système de soins. Dans un contexte de vacances, de canicules, d’urgences fermées, cela pourrait vite devenir compliqué, s’inquiète le Pr Jean-Daniel Lelièvre. Sans compter que beaucoup d’anticorps monoclonaux, utilisés à l’hôpital pour éviter aux malades fragiles de s’aggraver, ne fonctionnent plus contre BA.5.” 

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Plusieurs experts appellent donc les autorités à sonner à nouveau le tocsin, au moins pour protéger les plus fragiles. “Si on se retroussait les manches, on aurait les moyens d’éviter ou de limiter la mortalité des personnes âgées par Covid, martèle le Pr Antoine Flahault. “Nous avons des médicaments efficaces, comme le Paxlovid ou le Remdesivir, mais ils doivent être administrés très tôt et pour cela il faut tester. Or on ne teste plus suffisamment. Il faudrait réimposer le masque FFP2 dans les Ehpad, pour le personnel comme pour les visiteurs, mais je n’entends pas ce discours”, regrette cet expert. De son côté, le Pr Alain Fischer espère qu’une fois les élections législatives passées, le gouvernement relancera une campagne de vaccination : “L’alerte n’est pas très forte, mais il y a une alerte quand même. La priorité absolue est de faire en sorte que les plus de 80 ans, et même les plus de 60 ans, reçoivent bien une deuxième dose de rappel. En une semaine, ils seront protégés contre les formes graves”, explique-t-il à L’Express. Avec un message rassurant pour ceux qui préféreraient attendre l’automne : “Il n’y a aucun risque à répéter les doses de vaccins. En revanche, il est essentiel de se protéger dès maintenant”. La lassitude face au Covid ne doit pas faire oublier que la menace est toujours là.  

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