Pourquoi il faut lever toutes les restrictions sanitaires face au Covid-19, par Yascha Mounk – L’Express

En mars 2020, j’écrivais que les États-Unis devaient “tout annuler” face à la grave menace que représentait le Covid-19 : qu’il était impératif de reporter les grands rassemblements, que les entreprises devaient renvoyer leurs employés chez eux et qu’il fallait que les classes et les cours se fassent désormais en ligne. 

Aujourd’hui, je reste convaincu qu’il n’y avait pas de meilleure solution. Avant que quiconque ne soit vacciné et que nous disposions des outils nécessaires pour traiter la maladie, ces mesures étaient nécessaires pour sauver des vies et éviter l’effondrement du système médical. 

Près de deux ans plus tard, nous avons des vaccins très efficaces, gratuits, et accessibles. Pour les totalement vaccinés, les risques du Covid ont considérablement diminué. D’octobre à novembre 2021, selon les CDC, on a compté 7,8 Américains non vaccinés sur 100 000 habitants à mourir du Covid chaque semaine. Sur la même période, les vaccinés sont à peine 0,6. Parmi ceux ayant également reçu une dose de rappel, la proportion chute même à 0,1. 

Offre limitée. 2 mois pour 1€ sans engagement

Je m’abonne

En plus des vaccins, nous disposons désormais de médicaments antiviraux qui, selon les essais cliniques, réduisent de près de 90 % les hospitalisations ou les morts dues au Covid. S’ils ont été approuvés trop tard pour profiter au gros des malades de la vague Omicron, ils devraient bientôt devenir un outil très efficace. 

Fausse route avec les non-vaccinés

Les non-vaccinés courent toujours un risque important. Mais notre attitude actuelle à leur égard n’a guère de sens. Les non-vaccinés sont la cible d’une indignation morale et de pressions énormes. Gouvernements comme institutions privées se démènent pour leur rendre la vie impossible. Beaucoup de gens étalent même sans complexe leur joie mauvaise lorsque des antivax meurent du Covid. C’est faire fausse route. Nous devons de la compassion à toutes les victimes de cette pandémie, qu’importent les risques qu’elles ont pu sciemment prendre. 

Dans le même temps, les non-vaccinés sont, implicitement, la principale raison aux restrictions actuelles. Les partisans de leur maintien allèguent le nombre élevé de décès dus au Covid-19, et ces décès sont fortement concentrés parmi les non-vaccinés. Mais c’est aussi faire fausse route. Nous ne devons pas mettre notre vie en suspens pour un avenir indéfini parce que d’autres ont décidé de risquer la leur.  

Les non-vaccinés ne constituent pas le seul groupe vulnérable. Les immunodéprimés et les personnes âgées demeurent en grand danger, sans que cela soit de leur faute. Même les jeunes et les gens en bonne santé peuvent souffrir de symptômes, comme une fatigue persistante, longtemps après avoir été malades du Covid. Constater que la propagation mondiale du coronavirus continuera probablement à entraîner de graves souffrances dans les années à venir est tragique. Mais ce n’est pas une raison suffisante pour modifier de façon permanente notre société et la rendre ainsi moins libre, moins sociable et moins joyeuse. 

Risque faible

Tout comme nous sommes disposés à prendre des risques calculés dans d’autres domaines de l’existence, nous devrions pouvoir tolérer un certain risque infectieux. Lorsque vous mettez le contact pour traverser le pays en voiture, vous savez qu’un accident est possible. Que vous pouvez être blessé, blesser quelqu’un d’autre, et même un enfant qui traverse la route. Mais, pour autant, cela ne génère aucune obligation morale de rester chez soi pour le restant de ses jours.  

Le risque posé par les bactéries et les virus demeure beaucoup plus faible aujourd’hui qu’il ne l’a été pendant la majeure partie de l’histoire de l’humanité. Dans l’Amérique de 1900, près de 1 % des gens mouraient chaque année de maladies infectieuses, soit environ dix fois plus qu’aujourd’hui. Et pourtant les Américains exposés à de tels dangers choisissaient de mener une vie sociale active, en estimant que le risque infectieux – aussi grave fût-il – ne justifiait pas un renoncement au besoin de contacts humains. 

Si plus personne ne sortait au restaurant ou n’organisait de fête, nous ralentirions la propagation du Covid-19, comme d’autres nombreuses maladies infectieuses. Mais il s’agirait d’un remède pire que la maladie. À l’instar de nos ancêtres, nous devrions faire passer la vie avant la réduction de la mortalité. 

Il est donc temps de mettre fin à notre purgatoire pandémique. Cela impliquerait la levée des dernières restrictions gouvernementales sur les activités quotidiennes. Les politiciens et les autorités sanitaires feraient passer le message que les personnes n’ont plus à restreindre leurs activités sociales, pour les encourager à reprendre sorties et dîners sans la moindre mauvaise conscience. 

Au début de la pandémie, nous avons été bien trop lents à nous adapter à cette nouvelle situation. Aujourd’hui, voilà que le statu quo risque une nouvelle fois de durer plus longtemps que nécessaire.  

L’application L’Express

Pour suivre l’analyse et le décryptage où que vous soyez

Télécharger l'app

Télécharger l’app

Il est temps de tout rouvrir.  

Les plus lus

Opinions

Chronique

Pierre Assouline, journaliste, écrivain, membre de l'académie Goncourt et chroniqueur à L"Express.Pierre Assouline

Chronique

"Quand on fait face à une épidémie qui génère des hospitalisations à un rythme exponentiel, il n'y a malheureusement aucune possibilité technique d'adapter le nombre de lits aux besoins."Par Nicolas Bouzou

Chronique

Le Pr Gilles Pialoux est chef de service d'infectiologie de l'hôpital Tenon (AP-HP), à Paris.Par le Pr Gilles Pialoux

Journal d’un libéral

Hausse des prix ne signifie pas inflation, même si tout le monde, ou presque, fait la confusion, souligne Alain Madelin.Par Alain Madelin

Source

Share your thoughts